Une nouvelle saison se termine pour le Wild et une nouvelle fois sans playoffs. Pourtant cet exercice 2011/2012 avait bien commencé ! Bien encré à la barre de la conférence Ouest début décembre, les hommes de Mike Yeo ont vu leur avance fondre littéralement comme neige au soleil avant de tomber dans les fins fonds de la conférence et dans l’oubli. Comment un tel échec, qui est une première dans l’histoire de la ligue nationale, a-t-il pu se produire ? Quels enseignements sont à tirer de ce nouvel échec qui nous permettrons de ne pas les reproduire dans le futur ?
Ce bilan de la saison 2011/2012 va tenter d’y répondre. Etant donné la myriade de sujets à aborder s’agissant de cette saison tellement singulière, je m’efforcerai à vous résumer tout ceci en huit parties (si tout va bien). Avant tout, autant balayer large et s’attarder sur une analyse générale de cette saison.
PARTIE I : « Running to Standstill ».
Cette expression purement anglophone sied parfaitement aux Wild pour décrire leur saison. Pour ceux qui ne sont pas à l’aise avec la langue de Shakespeare, ça signifie littéralement « courir pour rester immobile ». Je ne crois pas qu’il y ait meilleure expression pour décrire la saison que l’on vient de vivre !
Courir? Oui le début de saison fut une belle course dans laquelle cette franchise s’était lancée. La saison morte avait été tellement excitante. Les arrivées de Devin Setoguchi et de Dany Heatley laissaient entrevoir de meilleurs jours dans le Minnesota, notamment quand on connaît les difficultés offensives chronique de cette franchise. Avec Setoguchi, les Wild obtenaient un superbe scorer capable d’apporter de la vitesse et du dynamisme à la première ligne bien trop lente lorsqu’elle était composée de Havlat-Koivu-Miettinen. Setoguchi était le moteur de cette révolution culturel !
Quant à Dany Heatley, son arrivée est tombée d’un coup d’un seul ! Je me revois encore découvrir le matin du 4 juillet 2011 (ça ne s’invente pas) la nouvelle. Le Wild avait besoin depuis le départ de Marian Gaborik d’un excellent scorer, d’un vrai killer. En amenant Heatley dans le Minnesota, tel était l’objectif de Chuck Fletcher. Et puis on a apris dernièrement que le départ de Marty Havlat était inévitable en raison de problèmes de vestiaires le concernant (et concernant également Greg Zanon). Alors quand Fletcher a su qu’il pouvait obtenir Dany Heatley en échange du cancer Havlat, il n’a pas tergiversé cent sept ans.
A l’orée du début de la saison régulière, la fan base des Wild n’était pas pour autant au sommet de son enthousiasme, malgré tous les mouvements effectués par leur manager général. La raison : la méfiance suite à 3 saisons sans playoffs ! Les fans étaient vraiment énervés la saison d’avant à la suite d’une nième élimination. Ainsi le mot d’ordre était simple, pas d’excès de confiance pour les fans. Tous attendaient de voir si réellement ces mouvements allaient créer une vraie dynamique et mettre enfin un coup de pied efficace dans cette fourmilière.
Les premiers matchs n’étaient pas forcément très encourageant mais quand on débute une saison avec un certain nombre de nouveaux visages, on a tendance à être compréhensif et à mettre ça sur le compte de la création de la chimie entre tout ce petit monde. Et ceci allait se confirmer match après match. Les mois de Novembre et la première moitié de celui de Décembre ont été fastes. Les Wild n’ont jamais connu tel record dans leurs 11 années d’existence. Enchainant une série de 17 victoires, 4 défaites et aucune après prolongation, la série des Wild s’étalant du 31 Octobre au 10 Décembre ressemblait clairement à celle d’un champion en titre. La surprise fut totale et beaucoup d’analystes furent pris de court par ce succès précoce d’une franchise que pas mal de monde voyait terminer aux alentours de la 11ème place à l’Ouest (comme à son habitude). Mais début de décembre pas mal de monde commença à prendre le Wild au sérieux dès lors que ces derniers commencèrent à occuper la première place de la ligue, rien que cela ! Mais enchainant une série de 7 victoires consécutives , dont 4 lors d’un road-trip dans la division pacifique, on croyait que c’était pour de bon, cette saison le Wild allait renouer avec les séries !
Mais ça aurait été sans savoir à quel point cette franchise est dépendante de certains de ses joueurs. A partir du 10 Décembre, les choses allaient se gâter pour les Wild. En juste 3 matchs, ils allaient enregistrer les blessures de Pierre-Marc Bouchard, de Guillaume Latendresse et de Marek Zidlicky. Mais celle qui a tiré les Wild vers le bas fut celle de leur capitaine Mikko Koivu. Blessé à une jambe lors de la prolongation face aux Blackhawks, le « kaptain » sera forcé d’être tenu hors de la patinoire pour une durée d’un peu plus d’un mois. Assez pour voir l’équipe sombrer littéralement. Suite à la blessure de Koivu, le Wild a enregistré un triste record de 3 victoires, 13 défaites et 4 défaites après prolongation.
La suite vous la connaissez ! Un enchainement minable durant les mois de Janvier et de Février qui ont mis à bas tous les espoirs développés lors de la première partie de la saison. Au final, cette saison va encore une fois s’arrêter dès le mois d’Avril. Les raisons de ce gâchis sont multiples et l’on va tenter de les mettre en avant.
L’explosion en plein vol du fait des blessures …
La raison principale qui vient à l’esprit de tout le monde est bien entendu le nombre important de joueurs blessés et surtout des joueurs importants.
Une année de plus, Minnesota s’est passé des services de Guillaume Latendresse. L’attaquant de la banlieue de Montréal n’aura pris part qu’à seulement 16 matchs cette saison. Quand on sait qu’il n’a joué que 27 matchs en deux ans, on peut comprendre pourquoi les Wild ont tant de difficultés pour marquer. Aucune équipe ne peut se passer d’un joueur aussi important que Guillaume, surtout dans l’impact physique. Ce fut deux années très difficile pour le club mais surtout pour le joueur encore plus frustré de ne pas pouvoir démontrer qu’il a réellement sa place dans cette franchise.
Ayant subis deux commotions cérébrales coup sur coup cette saison, la carrière de Guillaume a une nouvelle fois été mise entre parenthèses. Que faut-il espérer maintenant pour « Gui » ? Il arrive au terme de son contrat avec compensation dès la fin de la saison. Une chose est sûre il n’est pas en position de force pour négocier son contrat. Deux solutions sont possibles : réduire largement son salaire par rapport à son dernier contrat, ou alors tester le marché des agents libres. Mais sa marge de négociations avec les autres club est très serrée étant donné que les Wild ont des droits sur lui et que s’il veut s’entendre avec une franchise, cette dernière devra dédommager les Wild en leur rétrocédant un tour de draft (potentiellement un 3ème tour 2013).
L’autre grand blessé cette saison est Pierre-Marc Bouchard. Là encore il s’agit d’un blessé récurent. Butch était resté écarté des patinoires pendant 1 an et demi entre 2009 et 2010 suite à une commotion cérébrale contractée lors du deuxième match de la saison 2009/2010 à St Louis. Revenu de loin début 2010, il fera une rechute cette saison même à la suite d’une charge lourde lors d’un match à Edmonton. En 3 ans, PM Bouchard n’aura joué que 97 matchs, soit un peu plus du tiers de chacune de ces saisons …
On le voit bien sans Bouchard et Latendresse, les affaires sont difficiles. Mais quand on y ajoute des blessures de Mikko Koivu, de Devin Setoguchi et plusieurs petits bobos à droite, à gauche, la saison peut rapidement partir en sucette. C’est tout juste ce qu’il s’est passé ! La simple malchance ? Ou alors un problème d’identité ?
Depuis son introduction en tant que Head Coach des Minnesota Wild, Mike Yeo prône un jeu physique et intimident. Tout ceci se base sur un forecheck efficace et notamment sur une défense « sacrifice ». Tout ce que je me demande au regard de cette saison et de sa cohorte de blessures, c’est si tous ces joueurs étaient réellement prêts à jouer 82 matchs (voir plus) avec une telle intensité physique ?
La question mérite d’être posée. A y réfléchir je pense que cette équipe est en pleine transition en ce qui concerne son identité de jeu. Yeo est arrivé en prônant ce système sans pour autant disposer des joueurs capables de l’abattre durant 82 matchs sans risquer de se blesser. Pierre-Marc Bouchard fait partie de ceux ci. On peut ajouter à ça l’erreur individuelle commise et reconnue par Guillaume Latendresse en ce qui concerne son retour au jeu début décembre. Gui y est allé trop fort, trop vite et il en a rapidement payé le prix.
Le marché des joueurs libres risque d’être un peu plus intéressant cette année et Chuck Fletcher devrait faire ses courses en fonction de la nouvelle identité de jeu de son équipe ; du moins c’est ce que j’espère de lui.
La profondeur de l’effectif : bien loin de la fosse des Mariannes …
La profondeur de l’effectif d’une équipe est bien souvent ce qui lui permet de garder son rythme de croisière et de faire face avec efficacité aux multiples blessures qu’elle rencontre durant une saison. Il ne faut pas se voiler la face, les Wild ne sont pas l’unique équipe de la ligue à avoir connu de telles mésaventures en ce qui concerne la santé de ses joueurs. Les autres équipes ont également connues leur part de malchance sur ce terrain et beaucoup d’entre elles s’en s’ont malgré tout bien tirées. Ces dernières avaient soit des individualités que la franchise du Minnesota n’a pas, ou alors une profondeur certaine délivrée par son équipe filiale AHL.
Cette saison a été très instructive sur ce terrain là pour le Wild ! Avec 47 joueurs différents qui se sont succédés cette saison pour porter le chandail de la franchis de St Paul, on peut dire que l’on a eu un aperçu assez large de la profondeur de cet effectif. Qu’ils soient des tauliers ou de jeunes propects, tous ces joueurs venus de Houston ont porté une fois dans la saison ce maillot dont certains n’entre-apercevait pas du tout l’opportunité.
Ce que l’on peut dire sur ces joueurs appelés aux grands travaux c’est que pour la plupart ils sont de bons joueurs pour combler des trous de manière occasionnelle. Mais ils ne sont certainement pas destinés à jouer des rôles de joueur NHL sur une longue période.
Ainsi, cette multitude de joueurs AHL ont fait ce qu’ils ont pu mais à coup sûr ils n’ont pas aidés à maintenir cette franchise sur son rythme du début de saison. Faute de jeune joueurs d’avenir dans l’effectif des Aeros, le Wild a du se contenter de joueur capables tout au plus de jouer un rôle de 4ème ligne dans un effectif NHL.
Mais la profondeur ne s’analyse pas seulement aux joueurs venant des ligues mineurs, mais surtout aux joueurs présents sur les 3ème et 4ème lignes. Si l’on peut souligner la saison exceptionnelle de Kyle Brodziak, le reste de ces joueurs n’ont pas pu répondre aux attentes renouvelées à la hausse durant le court de la saison du fait de la blessures pièces importantes. Ceci montre bien que l’effectif des Wild ne dispose pas de profondeur suffisante pour palier à la blessure de plusieurs de ses pièces maitresses. Mais il y a t il vraiment quelqu’un à blâmer sur cet état de fait ?
On pourrait cibler le manager général, Chuck Fletcher, pour son excès de confiance en cet effectif. A sa décharge, personne ne peut anticiper autant de blessures dans une seule saison. Néanmoins, utiliser 47 joueurs durant la saison prouve deux choses :
- aucun joueur des Aeros n’a prouvé qu’il pouvait supporter le rythme NHL, ce qui est très inquiétant quand on sait que le but premier d’un joueur AHL est de tout faire pour remettre en cause l’alignement NHL et y faire sa place. Aucun n’y est arrivé cette saison !
- cette franchise n’a clairement pas déterminé un ordre de priorité pour certains de ses joueurs AHL en ce qui concerne leur capacité à faire une pige en NHL. Quoi qu’il arrive, une équipe NHL a besoin d’un certains nombre de joueur « entre deux eaux ».
Cette profondeur devrait augmenter dès la saison prochaine. Avec tous les jeunes joueurs qui ont signés un contrat dès cette saison avec le Wild, pas mal d’entre eux pourraient soit obtenir une place dans l’effectif premier dès la saison prochaine, ou alors continuer à développer leurs aptitudes avec l’équipe AHL. Tous ces jeunes dotés de capacité techniques et physique certaines pourraient être une bonne solution de remplacement en cas de blessure dans l’équipe première. Fletcher va devoir assurer et surtout bétonner ses arrières s’il ne veut pas revivre un tel capharnaüm dans son effectif. Autant dire que les lignes directes Houston/Minneapolis ont du couter une belle bagatelle à Craig Leipold, le propriétaire des Wild.
Vous avez dit leader ?
Le leadership de cette équipe est un débat récurent ! Chaque année cette question revient sur la table lorsque l’équipe s’effondre. Le premier que l’on montre du doigt, c’est le capitaine Mikko Koivu. Incontestable pour le staff, il reste néanmoins une large frange des fans qui s’interroge réellement sur son efficacité en tant que capitaine de cette franchise. Ces mêmes fans pourraient être, pour ainsi dire, des nostalgiques du système Lemaire qui faisait tourner mois après mois le capitanat. Cette pratique à ses bons comme ses mauvais côtés. Mais pour donner raison à ces fans, force est de constater qu’aucun réel leader (notamment sur le plan statistique) ne semble se détacher de cette équipe.
Comme expliqué un peu plus haut, ceci pourrait à voir aux deux dernières saisons difficile pour le capitaine finlandais en ce qui concerne les blessures. Voir son capitaine tenu hors de la glace pendant une longue période n’aide pas à entretenir une vrai rapport de leadership. Et puis les stats parlent en faveur du finlandais. Sans lui le ratio des Wild est négatif alors qu’il est positif. Cette équipe n’est pas la même sans Mikko et ce n’est pas un hasard si lors des deux dernières saisons la chute des Wild s’est conjuguée avec une longue blessure de Mikko Koivu.
La question du leadership ne demeure pas la simple question du capitanat de Koivu. Pour moi elle est ailleurs. Mikko a été blessé bien trop longtemps ces dernières saisons, c’est un fait ! Mais on ne peut pas lui reprocher de se blesser bien trop souvent quand même. C’est une critique des plus lâches qu’il puisse être.
Là où je m’interroge c’est sur le rôle des prétendus assistants capitaines. En début de saison ses assistants étaient Nick Schultz (parti depuis à Edmonton), Matt Cullen (à domicile) et Dany Heatley (à l’extérieur). En l’absence du capitaine, ces trois personnes n’ont pas su insuffler au groupe le leadership suffisant pour passer outre les blessures. Doit-on les montrer du doigt ? Pas forcément !
On ne se déclare pas assistant capitaine. C’est forcément le staff et le head coach qui choisi ces hommes là. Il y a-t-il eu erreur de casting ? Ca se peut bien. Le leadership de Dany Heatley et difficile à cerner quand on sait qu’il s’agissait de sa première saison avec ce maillot du Wild. Personnellement je me serai gardé cette saison de donner un « A » à Dany Heatley malgré qu’il a été le leader statistique de cette équipe. Des gars comme Cal Clutterbuck ou Kyle Brodziak l’auraient peut être plus mérités.
Cette question du leadership va être une question qui va trotter dans la tête de Chuck Fletcher durant la saison morte. Il veut aller à la pêche aux gros poissons et la raison est évidente : il y a trop de pression sur les épaules de Mikko. Fletcher veut voir cette responsabilité déléguée sur les épaules d’un autre joueur capable d’insuffler lui aussi ce leadership. Il est bien dur dans cette ligue de supporter tout seul les exigences du poste de capitaine.